L’opposition face à la privatisation des barrages hydroélectriques

Récemment, la Commission européenne a contraint la France d’ouvrir ses barrages à des concurrents d’EDF. Des députés s’opposent face à cette idée.

Le barrage de Bissorte, achevé en 1938 dans la vallée de la Maurienne, en Savoie. Sa concession est arrivée à échéance fin 2014 et pourrait donc être remise en concurrence.
©  Reuters

Rappel des faits

La Commission européenne a adressé fin novembre une nouvelle mise en demeure à la France, lui demandant « un calendrier précis » de mise en concurrence d’un « nombre significatif » de concessions hydroélectriques actuellement exploitées par EDF. Un monopole « anormal » pour Bruxelles, qui réclame depuis longtemps à la France une privatisation.

Aujourd’hui, les barrages postés sur des lacs artificiels permettent d’ajuster la production électrique pour s’adapter rapidement aux pics de notre consommation électrique et peuvent représenter jusqu’à 15 % de la production française. Ils sont détenus pour 80 % d’entre eux par EDF – l’entreprise étant elle-même partiellement ouverte aux capitaux privés, mais encore majoritairement détenue par l’État. 

Or, la concession de 150 barrages arriverait à échéance d’ici 2023, d’après une enquête de Libération. La Commission de Bruxelles, gardienne de la libre concurrence en Europe, fait pression depuis longtemps sur la France ainsi que huit autres pays pour que ces vannes-là soient ouvertes aux capitaux privés. 

107 députés interpellent le gouvernement

Mercredi 10 avril, 107 députés d’opposition, élus de gauche et de droite, ont décidé de faire barrage. Dans un texte commun, ces députés dénoncent le manque de volonté politique de l’État pour défendre ce qu’ils considèrent être une question de sécurité et, même de souveraineté nationale. « Les barrages sont encore la première source d’électricité renouvelable, produisent 12 % de notre mix électrique et sont le seul outil de stockage de l’électricité« , écrivent les députés, qui pointent également du doigt « l’enjeu industriel » d’un secteur qui « emploie 25 000 personnes et génère 1,5 milliard de recettes publiques« . 

« Il faut que nos barrages soient sanctuarisés, comme on a sanctuarisé nos centrales nucléaires« , tempête la députée Marie-Noëlle Battistel auprès de L’Express. « On a l’impression cherche à discuter les modalités auprès de la Commission européenne plutôt que de s’opposer de principe à toute privatisation de nos barrages« . 

Au ministère directement concerné, celui de la Transition écologique, l’entourage de François de Rugy indique que « le gouvernement est en train d’étudier les suites à donner« .

Source : L’Express – L’Expansion

La réaction des associations

De nombreuses associations ont souhaité répondre au ministre dans une lettre lui étant directement adressée, signée par Mr. Albert Higounenc (Président de l’Association de Sauvegarde des Moulins du Jura et Franche-Comté), Mr. Patrice Cadet (Président de l’Association de Sauvegarde des Moulins de la Loire) et Mr. Jean Moreau (Association des Amis de la Sèvre Nantaise et Affluents).

« Monsieur le Ministre,

Dans votre réponse à Madame la Députée Marie-Noëlle BATTISTEL à propos de l’hydro-électricité, vous avez manifesté votre soutien à cette source d’énergie renouvelable, agrémenté de quelques commentaires qui nous permettent de lever le voile sur les projets du gouvernement pour mettre fin au malaise des ruraux que notre président a tenu à rencontrer à de nombreuses reprises.« 

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