Cro-Magnon au secours !

Il était une fois la Dordogne : un très, très vieux territoire ! C’est en 1868, dans la grotte des Eyzies-de-Tayac, que furent découvertes les dépouilles de celui que tous les scouts du monde appellent « l’Homme de Cro-Magnon ». Ces dernières sont vieilles de 30.000 ans disent les archéologues. À l’occasion du départ du Tour de France 2017 à Düsseldorf, pour ensuite passer justement aux Ezyies-de-Tayac, le conseil départemental a voulu faire cousiner Cro-Magnon avec l’homme de Néandertal, découvert pour sa part en 1856 à proximité de la ville allemande, dans une grotte de la vallée de Néander.

Eyzies-de-Tayac – grottes, cavités et maisons troglodytes

Et puis il y a eu Lascaux I, Lascaux II, Lascaux III, Lascaux IV. Tous les écoliers, parait-il incultes de France et de Navarre, les connaissent réellement ou virtuellement. Peut-être parce que les « inventeurs » furent en 1940 des adolescents. « Partez à la recherche de vos origines », dit la publicité des grottes…

Il était une fois la Dordogne, une très vieille rivière issue d’un torrent du Puy de Sancy et parcourant plus de 400 kilomètres avant de se jeter dans l’estuaire de la Gironde. Un magnifique parcours resté très naturel, à tel point qu’en 2012 l’Unesco a inscrit son bassin versant parmi les quelques 669 réserves de biosphères du monde. Une réserve de biosphère dit l’Unesco est « une aire portant sur des écosystèmes terrestres […] qui vise à promouvoir des approches et des moyens pour réconcilier la conservation de la diversité biologique avec son utilisation durable ».

Les jardins de Marqueyssac

Il était une fois les vieux châteaux qui bordent et dominent la Dordogne : Beynac, Castelnaud, Marqueyssac, les Milandes, Fayrac… Vous en voulez d’autres ? Non seulement ils témoignent de leur époque glorieuse mais ils accueillent aujourd’hui chaque année des milliers de touristes qui font tourner l’économie départementale. Qui n’a pas vu un jour sur un panneau d’affichage, dans une gare, un office de tourisme, la superbe photographie des buis taillés de Marqueyssac ? Qui ne connait pas l’histoire de Joséphine Baker et de sa smala cosmopolite aux Milandes ? Qui n’a pas eu envie de rêver à l’heure de la brume, depuis le bourg de Beynac, en regardant le soleil se lever sur la rivière en face du château ? Un lieu béni où « l’esprit créateur a dû un jour planer sur les eaux. »

Et puis… il était une fois Germinal Peiro. Un élu classique, collectionneur de mandats : maire de Castelnaud, conseiller général, conseiller régional, député, secrétaire de l’Assemblée nationale, chargé de l’agriculture au parti socialiste. Les reformes constitutionnelles et législatives récentes l’ont obligé à choisir : il a opté pour la présidence du conseil départemental de la Dordogne. Il est assis dans le fauteuil depuis 2015.

Beynac

Rien à dire de tout cela en première analyse : un homme sûrement dévoué aux causes qu’il a défendu avec une certaine efficacité. Mais il y a le visible et l’invisible, et finalement une extraordinaire habileté. Comment, en effet, être délégué de la zone de biosphère de la Dordogne dans le comité français de l’Unesco ? Comment avoir invité à Sarlat, au nom du conseil départemental en 2017, les congrès des représentants européens de la même Unesco ? Et « en même temps », promouvoir un ouvrage public comprenant une route de 3,5 kilomètres en plein dans la vallée avec deux ponts de franchissement sur la Dordogne et un tunnel en plein milieu de la zone protégée ? Et oui, il l’a fait !

Pourquoi ? Depuis 2015 qu’il est président du conseil départemental, il s’agit pour Germinal Peiro d’accomplir une sorte de « grand Œuvre » comme on dit sur le Tour de France, par fidélité à la mémoire de son père, ancien  maire de Beynac qui avait obtenu il y a bien des années l’expropriation des terrains nécessaires à cet important ouvrage qui va coûter trente-cinq millions d’euros. On croyait l’affaire enterrée depuis longtemps.

Mais rien ne peut le détourner de cette obsession. Dans ce dossier, tout tourne à l’envers : le ministre d’état Nicolas Hulot a envoyé sur place deux émissaires… silence. Le ministère de la Culture a été interpellé… silence. L’Unesco… silence. Les élus de la vallée qui soutiennent leur président écharpe au vent. Les trois associations de défense ont accompli une occupation pacifique (pas de Black Block)… silence et expulsion !

Il était une fois la préfète de la Dordogne : Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc. Elle avait dit que sa décision serait fondée sur la légalité et non sur l’opportunité : elle vient de signer un arrêté de quarante-huit pages, un modelé de « simplification ». À croire qu’en émettant cet oukase aussi difficile à déchiffrer qu’un édit en mandarin de l’empereur de Chine, madame Baudouin a espéré ouvrir la voie à des contentieux aussi complexes. Mais, sous réserve du parcours de combattant tracé par la préfète, rien ne s’oppose au début des travaux.

Montagne Sainte-Victoire par Cézanne projet éolien en Provence

Jean-Pierre Leleux, sénateur LR – Jacqueline Dubois, députée LREM

Il était une fois la folie, celle des associations locales, soutenues par La Demeure Historique et Patrimoine-Environnement, qui ont décidé de repartir au combat contre vents et marées. Et deux élus courageux : Jean-Pierre Leleux, sénateur LR, et Jacqueline Dubois, députée LREM, tous deux désignés respectivement par le Sénat et l’Assemblée nationale pour être membres de la nouvelle Commission nationale du patrimoine et de l’architecture et qui ont décidé, à titre personnel, de soutenir ces fous.

Et vous…

 

Alain de La Bretesche, Président de Patrimoine-Environnement.