Salle comble et comblée pour le colloque « Patrimoine industriel et ruralité : quel futur ? »

« Patrimoine industriel et ruralité : quel futur ? » Voilà une question ambitieuse posée, jeudi 30 avril, par la délégation régionale Bourgogne-Franche-Comté de notre fédération, lors de son colloque 2026 à Montceau-les-Mines (71). Le choix du lieu était motivé par le thème. L’approche était novatrice : interroger le lien entre industrie et territoires à travers le patrimoine, sonder les liens historiques à l’origine de transferts de technologies ayant donné naissance à des filières importantes, présenter des initiatives originales de sauvegarde et de valorisation de ce patrimoine multiforme s’il en est.

Une quinzaine d’intervenants ont croisé leurs éclairages devant une centaine de personnes, venues pour beaucoup de Saône-et-Loire mais aussi de toute la Bourgogne-Franche-Comté et même de Lyon et de la région parisienne, dans l’amphithéâtre des Ateliers du jour. Des bords de Loire à la frontière suisse, de la Puisaye aux confins de l’Ain, regards, expériences et projets se complétaient. Associations et collectivités, universitaires et entreprises dépassaient résolument les limites, souvent néfastes, de leurs « silos » respectifs. L’ambiance était sérieuse, les questions et interventions du public pertinentes. On ne voyait pas le temps passer, tellement les apports des uns et des autres étaient riches.

Le « coup d’envoi » de la journée était triple : après une courte introduction technique par Gérard Drexler, vice-président exécutif et délégué régional Bourgogne-Franche-Comté de la fédération Patrimoine-Environnement, et un chaleureux message vidéo de bienvenue de Bertrand Veau, vice-président du Conseil régional en charge de la Culture et du Patrimoine, retenu à Dijon par l’Assemblée plénière, Michelle Müller, conseillère municipale déléguée au Patrimoine prononçait un chaleureux discours à l’intention des participants en représentant Madame le maire, retenue le matin par une autre réunion.

Après le brillant exposé introductif de Jean-Philippe Passaqui, docteur en histoire et l’un des meilleurs spécialistes français du patrimoine industriel, et la présentation par le chargé de recherche Raphaël Favereaux de l’impressionnant travail réalisé par le service régional de l’Inventaire pendant pas moins de trente années sur le patrimoine industriel de la Franche-Comté, la première table ronde traitait de la question « Industrie, territoire et ruralité. Petie ou grande, comment l’industrie a-t-elle façonné le territoire, la ruralité, les hommes ? » Aiguillés par la brillante modération de Luc Jolivel, chef de projet « Petites Villes de Demain » à La Charité-sur-Loire, Guérigny et Prémery (58) et délégué territorial FPE pour le Nord Nivernais Val de Loire, Anne Ackermann, directrice de la Grande Saline de Salins (39), Myriam Bourhis, présidente de l’association gestionnaire du musée de la Pince à Montécheroux (25) et déléguée territoriale de notre fédération pour le Pays Horloger, Emmanuelle Clerc, responsable du musée de la Mine à Blanzy (71), Jean-Paul Gauthron, président de l’association gestionnaire du musée Forges et Marines à Guérigny (58), Grégoire Long, maire de Moirans-en-Montagne (39) célèbre pour son musée du jouet, témoignaient de l’Histoire et du vécu actuel «  de leurs territoires respectifs, et Pierre-Marie Georges, docteur en géographie et membre du laboratoire d’Etudes Rurales et de l’Institut des hautse études des Mondes Ruraux (IHEMRu), des orientations, passées comme actuelles, de la recherche universitaire géographique en la matière.

Une coupure doublement bienvenue sous la forme d’un cocktail déjeunatoire permettait de « réseauter » à souhait, de saisir un maximum d’opportunités de contacts tout en profitant des petits délices du restaurant voisin.

L’après-midi était marqué par la présence virtuose de Florence Hachez-Leroy, historienne de l’économie, des sciences et des techniques, professeur à l’université d’Artois (Arras), ancienne présidente du CILAC (Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel). Tout d’abord, elle modérait la seconde table ronde intitulée « Quel héritage du passé industriel peut être valorisé, pour les territoires, pour la société, pour la culture ? Quelles actions, avec quels acteurs ? » à laquelle participaient David Armellini, directeur adjoint à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), Thierry Bailly, vice-président de l’Arc Horloger, association franco-suisse de coopération transfrontalière, Thierry Bonnot, anthropologue chargé de recherches au CNRS et membre de longue date de l’équipe de l’écomusée de la Communauté urbaine Creusot-Montceau, Dominique Durin, président d’EMA-CNIFOP, Ecole des Métiers d’Art, Centre International de Formation aux Métiers d’Art et de la Céramique à Saint-Amand-en-Puisaye (58), Isabelle Louis, la nouvelle maire de Montceau-les-Mines et présidente de la Communauté urbaine Creusot-Montceau, et Alix Veyssière-Pomot, chargée de promotion et développement de la Grande Forge de Buffon (21), monument historique privé.

Ils ont illustré une large gamme de patrimoines, d’une entreprise sidérurgique expérimentale du XVIIIe siècle avec un aménagement en théâtre des savoir-faire jusqu’aux micro-technologies de l’horlogerie avec de notables différences de fonctionnement de part et d’autre de la frontière franco-suisse et aux métiers d’art de la céramique en passant par l’héritage du bassin minier de Montceau et Blanzy qui ne se résume pas au charbon et à l’acier mais concerne une variété d’arts du feu, notamment la céramique pour le bâtiment. De même, les axes de valorisation présentés couvraient tout un spectre, des inventaires d’objet et d’architectures et de la formation des adultes jusqu’aux reconstitutions techniques et animations pour les jeunes et les familles, voire la nécessité de faire cohabiter différentes formes de valorisation sur un même site, le tout illustrant parfaitement les orientations de l’ANCT.

Après ces présentations croisées, des échanges avec le public et un bref résumé des apports de la journée, Florence Hachez-Leroy présentait la Route européenne du Patrimoine industriel ERIH (European Road of Industrial Heritage), certifiée Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe, dont elle est la référente pour la France. Elle expliquait notamment les différentes possibilités de prise en compte par ce dispositif encore trop peu connu en France et les modes d’organisation appropriés pour la création d’une route régionale.

Le mot de la fin des échanges en salle revenait à Gilles Noël, vice-président de l’Association des maires ruraux de France et président de leur association départementale de la Nièvre, qui soulignait la richesse de la journée, l’importance du thème pour la ruralité et la cohérence avec le dispositif national de la Caravane des Ruralités.

Et pour finir en mode « terrain », la découverte proposée du musée de le Mine à Blanzy, à dix minutes en voiture, rassemblait une trentaine de personnes.

L’ensemble de la journée a été enregistré en vidéo. Les séquences thématiques seront progressivement accessibles sur Internet. Cette journée mémorable n’aurait pu se dérouler de la sorte sans les soutiens des villes de Montceau-les-Mines et Blanzy, du Département de Saône-et-Loire et de la Région Bourgogne-Franche-Comté.

Hannelore Pepke,

Déléguée régionale adjointe Bourgogne-Franche-Comté