EDITO – I HAVE A DREAM ! UN GRAND DESSEIN POUR LE PATRIMOINE DE NOTRE PAYS !

Le Bélem (c) Gabriel François David

Alors que vient d’être nommé notre sixième ministre de la culture en moins de 9 ans, ce que nous ne pouvons que regretter même si la compétence patrimoniale de notre nouvelle ministre ne peut qu’être saluée, comment ne pas regretter l’absence d’un grand dessein pour le patrimoine de notre pays.

Pour un vieux pays comme le nôtre, servir la cause du patrimoine, c’est cocher plusieurs cases à la fois.

La case économique, tout d’abord.

Puisque tout est question de chiffre de nos jours, rappelons que notre balance touristique a dégagé un excédent net de l’ordre de 20 Mds€ en 2025, que la moitié des séjours touristiques ont un parcours culturel et que cette richesse n’est pas délocalisable. Encore que si l’époque n’est plus au démontage de nos cloîtres médiévaux pour les voir reconstruire à New York[1], des joyaux de notre mobilier historique et artistique continuent à quitter nos terres sans émouvoir grand monde.

La case éducative, ensuite.

L’amour de la beauté se transmet par l’éducation. L’histoire et la géographie s’enrichissent de la connaissance du patrimoine de proximité. Avec l’amour du patrimoine, des vocations naissent, des emplois se pourvoient. Nous en avons plus que jamais besoin car l’heure de la relève patrimoniale est venue et les repreneurs ne sont guère légion !

La case sociétale, enfin.

Le patrimoine est une belle leçon de durabilité écologique, un facteur de lien social et un élément fort d’enracinement territorial.

Mais, telle la « légende de l’homme à la cervelle d’or »[2], notre richesse patrimoniale peut se consommer et nos atouts s’altérer ou dépérir. Il faut sans cesse cultiver notre « jardin patrimonial » !

Que nous faudrait-il pour bien le cultiver ?

Trois préalables institutionnels, tout d’abord.

Une protection plus haute. Ce serait la reconnaissance constitutionnelle de la protection du patrimoine historique et paysager de la Nation, comme le fait l’article 9 de la Constitution italienne.

Un protecteur plus fort. Ce serait un ministre d’Etat, installé dans la durée et assurant la coordination interministérielle d’une politique du patrimoine ambitieuse.

Une législation plus solide. Ce serait la correction des régressions votées au cours de ces dernières années en matière de pouvoir des ABF ou de capacité à agir des associations. Ce serait également le renforcement du rôle des « défenseurs du patrimoine ».

Et cinq directions d’action, ensuite.

Un patrimoine mieux connu. Ce serait un inventaire qui serait accessible partout en open data. Ce serait l’obligation pour les PLU et PLUI de recenser les éléments patrimoniaux, au-delà des servitudes propres aux monuments historiques.

Un patrimoine mieux reconnu. Ce serait la reconnaissance d’intérêt patrimonial qui viendrait compléter le régime du classement ou de l’inscription.

Un patrimoine mieux sauvegardé. Ce serait une politique d’entretien résolue. Ce serait la sanctuarisation des monuments historiques dans une vision large. Ce serait l’accélération du classement des sites paysagers majeurs. Ce serait la sauvegarde du patrimoine local en péril.

Un patrimoine mieux valorisé. Ce serait l’accent mis sur la valorisation écologique, éducative et économique du patrimoine.

Un patrimoine mieux financé. Ce serait une loi-programme pour le patrimoine, l’institutionnalisation du Loto du patrimoine et un ensemble de mesures fiscales propres à faciliter la relève patrimoniale.

Voici quelques exemples issus du programme que nous sommes en train d’élaborer. Restera à en convaincre ensuite l’ensemble des décideurs politiques à même de le mettre en œuvre.

Les temps budgétaires sont durs, nous le savons. Mais le retour sur investissement d’une politique du patrimoine, cohérente, coordonnée et menée dans la durée, serait « un pari gagnant » pour notre pays. I have a dream !


Christophe Blanchard-Dignac,
Président de la Fédération Patrimoine-Environnement


[1] 5 cloîtres médiévaux français sont ainsi au musée des « Cloisters » de New York

[2] Dans les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet