Protégeons le patrimoine naturel et paysager de Dun-le-Poëlier

Dans un village français ancien, où les paysages sont restés inchangés depuis des siècles, où les champs sont cultivés par les mêmes familles qui les travaillent depuis 400 ans et où l’Angélus rythme encore la vie rurale, se trouvent le village de Dun-le-Poëlier et le château de Fins. Un château se dresse sur ce site depuis le XIIe siècle. Des tombes mérovingiennes y ont été découvertes, révélant qu’il fut un sanctuaire religieux des siècle auparavant, et les vestiges d’une vaste villa gallo-romaine attestent l’importance du lieu bien avant l’arrivée des Mérovingiens.
Plus récemment, le château a servi de quartier général du premier maquis de l’Indre. Le courage des habitants de Dun-le-Poëlier, qui ont résisté à l’été 1944 face à des troupes nazies écrasantes en nombre, et le sacrifice qu’ils ont consenti, ont contribué à ralentir l’avancée allemande vers le nord, gagnant ainsi un temps précieux pour le débarquement allié en Normandie.
Et c’est donc dans ce petit enclave historique et bucolique d’un autre temps que commence notre histoire… car le profit et le « progrès » ont sonné à la porte, et ils se soucient peu de la beauté, de la nature et de l’histoire, pourvu que l’on puisse cocher la case d’un projet « zéro émission nette » à faible « coût » (pour le promoteur !) Peu leur importe que ce terrain soit une réserve naturelle Natura 2000(1), qui abrite au moins 35 espèces protégées. Peu leur importe qu’il se trouve sur un site officiellement reconnu par l’État français pour sa grande biodiversité et son fort intérêt écologique, qui abrite des espèces animales et végétales patrimoniales (2). Peu leur importe qu’il s’agisse aussi d’une zone humide, écosystème de plus en plus rare et vital que l’État français s’est engagé à protéger. Peu leur importe qu’il repose sur un site d’habitat de l’âge du bronze qui attend d’être fouillé. Peu leur importe encore qu’il se trouve à l’entrée du château
historique de Fins. Non, malgré l’existence, dans le département de l’Indre, d’autres sites déjà artificialisés ; malgré le coût exceptionnellement élevé du raccordement de ce site isolé au poste électrique le plus proche (qui sera principalement financé par le contribuable français !) ; et malgré une pléthore de recommandations et de réglementations gouvernementales visant à protéger de tels terrains, ce site a été jugé le meilleur endroit pour y construire une centrale photovoltaïque industrielle de 22 hectares !
Bien sûr, les promoteurs du projet pensaient que tout se déroulerait sans accroc. Le vieux village était petit et ses habitants âgés. Avec un peu de chance, les villageois ne l’apprendraient qu’après l’enquête publique, et il serait alors trop tard pour qu’ils puissent y faire quoi que ce soit. D’ailleurs, cette stratégie avait fonctionné dans tant de petits villages ruraux français, modestes et isolés. Pourquoi n’aurait-elle pas fonctionné à Dun-le-Poëlier ?
Le destin. En promenant leur chien, deux villageois ont décidé de changer d’itinéraire. Lors de cette promenade, ils ont remarqué un panneau abimé, même pas tourné vers la route, à moitié caché par la végétation. Il annonçait l’ouverture d’une enquête publique pour la construction d’une centrale photovoltaïque industrielle de 22 hectares. D’autres villageois ont été prévenus, et avec moins d’un mois pour s’opposer au projet, nous nous
sommes organisés. Les villageois ont déposé d’innombrables observations écrites d’opposition lors de l’enquête publique. Des associations de défense du patrimoine locales, des ONG environnementales, des associations de chasseurs, des spécialistes des chauves-souris et des insectes, des agences nationales de l’environnement et du patrimoine, des universitaires, et même le journaliste Stéphane Bern, ont fait part de leurs objections. Confiants que le bon sens, la démocratie et le droit l’emporteraient, nous avons attendu la décision.
Nous avons été déçus. Un permis de construire a été délivré.
Malgré l’effort de temps et d’argent que représentait un recours contre ce permis, nous avons saisi le tribunal de Limoges, qui a rejeté nos demandes. Nous sommes alors allés devant la cour d’appel de Bordeaux. L’audience s’est tenue fin août, et la cour a décidé, malgré des preuves véritablement accablantes, de rejeter nos demandes. Le juge nous a ensuite condamnés à verser une contribution aux frais de justice des promoteurs !
Il nous reste une dernière voie de recours : la Cour de cassation, à Paris. Il reste environ un mois pour former ce pourvoi. Nous peinons sérieusement à supporter le poids financier de ce combat. Nous avons besoin d’une aide extérieure.
Nous sommes un petit village ancien de la France rurale. Mais ce combat dépasse largement notre village. Si ce projet voit le jour, ce sera la première fois qu’une centrale photovoltaïque industrielle sera construite entièrement sur un site Natura 2000. Il créera un précédent juridique national, voire européen, et ouvrira la voie à des constructions sur d’autres sites environnementaux « protégés ».
Nous ne sommes pas anti-écologistes. Nous ne sommes pas antipatriotes.
C’est précisément parce que nous chérissons notre environnement rural et naturel préservé, ainsi que notre patrimoine, que nous allons si loin pour le défendre.
Cette histoire n’est pas seulement celle d’un petit village rural et ancien.
Elle porte sur ce que nous valorisons, en tant que nation, en tant que société, en tant qu’individus, et sur ce que nous choisissons de défendre et de transmettre aux générations à venir.
Nous cherchons à lever 6 000 euros. Cette somme financera les frais de justice ainsi qu’une dérogation « espèces protégées ». Elle nous aidera aussi à ne pas être réduits au silence.
Merci de tout soutien que vous pourrez nous apporter.
Nous vous en sommes sincèrement reconnaissants.
(1) Les sites Natura 2000 sont des espaces naturels protégés. Ils ont été institués par l’Union européenne. Le site de Dun-le-Poëlier est une zone de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux rares, vulnérables et migrateurs.
(2) Le terrain est classé en ZNIEFF de type 1 (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique).