Edito – Un pays de montagnes et de vallées restées impénétrables des siècles durant

Un pays de montagnes et de vallées restées impénétrables des siècles durant, mais un pays situé au carrefour de la Chine et des Indes  britanniques. Un pays traversé par la Route de la Soie où l’on commerçait dans les temps anciens,  les lapis Lazulis si importants pour la peinture de la Renaissance, où toutes les vieilles civilisations ont laissé des traces :
en particulier celles de Darius et d’Alexandre le Grand
des vestiges archéologiques du premier millénaire.

Une archéologie tellement riche qu’en 1922 le roi Amanoullah d’Afghanistan, soucieux de restaurer et de consolider l’identité si particulière de son pays, a signé avec la France une convention donnant à la délégation archéologique française en Afghanistan la mission de procéder à des campagnes de fouilles dont il était stipulé que les découvertes seraient partagées entre les musées afghans et le musée Guimet à Paris.*

C’est ainsi que l’on a mis au jour les signes du plus grand mythe de tous les temps : Zoroastre dans la ville de Bactre, incendiée par les Mongols, où la légende dit qu’était située la tour de Babel.

On dit aussi que son histoire a inspiré pour les indiens la grande saga du  Mahabarata.

Les rois d’Afghanistan sont partis pour l’exil, les russes ont envahi le pays, mais les travaux archéologiques se sont poursuivis.

Or, en 1996, les talibans ont pris le pouvoir à Kaboul…

En mars 2001, une armée de partisans est entrée dans le musée de Kaboul : trente par salle, armés de marteaux et de haches : bilan, 2500 statues, grecques, chinoises et perses pulvérisées parce qu’un « hadith », qui est un commentaire du Koran, dit qu’il ne faut pas représenter le corps humain.

Au même moment, un commando armé d’explosifs s’est attaqué aux Bouddahs géants de la vallée de Bamiyân : il n’y a plus dans la falaise que  des excavations à la place de ces merveilles construites entre 300 et 700 dans une contrée, l’un des berceaux du bouddhisme, où, selon les anciens voyageurs, on ne dénombrait pas moins de 3 000 moines.

Les talibans ont dû céder le pouvoir à un gouvernement plus amène.


© Manoocher Deghati, 2002
Une femme afghane soulève son voile alors qu’elle conduit son fils à l’école à Kaboul pour la première fois après la chute des Talibans.

Mais ils sont revenus : ils entrent dans les maisons et les écoles : ils demandent qu’on leur présente les pianos , les violons et tous autres instruments de musique . Ils les détruisent à coups de hache ou les brûlent comme l’avait fait Savonarole à Florence sur le « bûcher des vanités »

Et puis il y a les femmes afghanes priées de rentrer chez elles et d’y garder leurs petites filles qui ne devront plus aller à l’école ; ces femmes, dont le témoignage en justice vaut seulement la moitié de celui d’un homme parce qu’elles sont moins intelligentes. les voilà condamnées à retourner sous la burqua… pour combien de temps ?

Allons- nous laisser faire : brûler les livres ? N’est- ce pas le niveau zéro de la civilisation ? Et pourtant nous sommes à peine choqués lorsque nous apprenons que dans l’Ontario,vieille province canadienne, les écoles catholiques ont organisé des autodafés pour faire disparaître 5 000 livres jugés injurieux pour les peuples autochtones ! N’avons-nous plus assez d’éducation historique pour savoir ce que signifient ces signes avant- coureurs ?

Avec le Patrimoine architectural, la musique et la littérature, c’est la civilisation qui disparaît et la culture des êtres humains qui ont tant besoin de cette nourriture.

En 2001 lorsque les avions détournés par Al Qaïda ont percuté les twin towers à Manhattan,  le journal Le Monde avait titré en manchette : « nous sommes tous des américains ».

Serions-nous capable de crier aujourd’hui : « Nous sommes toutes et tous des femmes afghanes. »

« Je suis comme une tulipe dans le désert. Je meurs avant de m’ouvrir. Et la brise du désert éparpille mes pétales ».

dit un landa, ces poèmes de deux vers que se récitent entre elles les femmes afghanes.

Soyons lucides, pour emprunter à Emmanuel de Waresquiel  le titre de son dernier ouvrage :  « Tout est calme, seules les imaginations travaillent ».

Alain de La Bretesche,
Président de la Fédération Patrimoine-Environnement

*Le musée Guimet expose aujourd’hui encore tous ces trésors