ÉDITO – POLITIQUE DU PATRIMOINE : PEUT-ON ENCORE ESPÉRER ?

Girouette du moulin © Thierry Soret

Dans la mythologie grecque, Pandore est la première femme, associée à Epiméthée, le frère du Titan Prométhée celui-là même qui vola le « feu sacré » de l’Olympe pour le donner aux hommes. La belle Pandore est aussi curieuse[1] que son conjoint est irréfléchi[2]. Elle ne résiste donc pas à la curiosité de savoir ce que contient une jarre qu’il lui était interdit d’ouvrir. Tous les malheurs du monde s’en échappent aussitôt. Vite refermée, la boîte n’est cependant pas tout à fait vide : il y reste l’espérance.

L’espoir est ce qui permet de supporter le malheur des temps et il faut bien le dire, pour les défenseurs du patrimoine, c’est un atout précieux car les temps présents ne sont guère brillants !

Baisse des crédits des monuments historiques, révision des bases et hausse des taux de la taxe foncière, normes énergétiques inadaptées au bâti ancien, déploiement massif d’éoliennes au plus près de nos côtes, atténuation des pouvoirs des ABF, dépérissement de la politique des sites … c’est ce que nous constatons, après l’espoir né de certaines heureuses initiatives, tel le Loto du Patrimoine.

Pour notre pays, notre patrimoine bâti et paysager est pourtant un atout exceptionnel, sur le plan économique autant que d’un point de vue esthétique, éducatif ou sociétal. Ne pas valoriser cet atout est une erreur ; y porter atteinte est une faute.

Bien sûr, il est toujours possible d’espérer que les choses changent spontanément, d’espérer qu’une politique ambitieuse et cohérente du patrimoine voie le jour et soit conduite dans la durée, d’espérer que les propositions faites par le G7 Patrimoine soient enfin reprises par les pouvoirs publics. 

En l’état, un tel changement est hélas peu probable.

S’il y avait une politique du patrimoine dans ce pays, nous le saurions depuis longtemps !

Il faudrait que nous ayons des ministres qui en fassent la première de leurs priorités et que ceux-ci aient une compétence de coordination envers d’autres ministères car la politique du patrimoine ne saurait s’arrêter aux portes de la rue de Valois. L’exemple patent en est le DPE, inadapté au bâti ancien, à l’élaboration duquel le ministère de la Culture n’avait d’ailleurs pas été associé.

Il faudrait que « notre » ministère reprenne l’habitude de réunir le groupe des grandes associations du patrimoine, comme cela se faisait sous la présidence de Jacques Chirac. Nous aurions bien des choses à dire, des critiques à formuler certes, mais aussi des idées et des propositions.

Il faudrait que l’Assemblée Nationale imite le Sénat et prévoie d’auditionner systématiquement le « G7 Patrimoine », à l’occasion du budget. Le groupe patrimoine et tourisme, pourtant présidé par un vrai défenseur du patrimoine, n’a pas songé à nous auditionner. Nous allons le lui demander.

Il faudrait que notre cause figure à sa juste place dans les programmes présidentiels. Au moment des dernières élections présidentielles, le « G7 » Patrimoine avait élaboré un « manifeste » pour la protection du patrimoine et avait contacté les différentes équipes de campagne. Le succès n’a cependant pas été au rendez-vous car si nous avons été courtoisement reçus par les équipes qui ont bien voulu le faire, dont celle qui l’a emporté, nous avons eu le sentiment d’avoir fait appareiller notre « barque » pour le Triangle des Bermudes : si elle y est bien rentrée, elle n’en est jamais ressortie !

Dans ces conditions, il ne suffit pas d’espérer, il faut agir et nous mobiliser.

Premièrement, reprendre notre travail programmatique en vue de l’échéance de 2027. Sachant que la situation d’aujourd’hui est pire que celle que nous avions écrite en 2022. Le « G7 patrimoine » engagera ce travail à la fin du mois. Nous serons donc prêts à temps.

Deuxièmement, tracer notre sillon en allant au contact des décideurs publics, toutes formations confondues. Parce que, comme l’écrivait Victor Hugo, la beauté d’un édifice appartient à tout le monde, le « marketing » du patrimoine doit se faire sans la moindre exclusive.

Nous commencerons à porter « la bonne parole » dès ce début d’année.

Troisièmement, aller vers le public. C’est ce que à quoi notre fédération s’emploie dans le cadre des Journées du patrimoine de pays et du Salon du patrimoine, ce qu’elle esquisse avec le concours scolaire organisé avec Rempart, avec ses webinaires et les diverses manifestations initiées en Région. C’est un public merveilleux, « acquis » à la cause du patrimoine. Ecoutons-le et sollicitons-le !

Il faut aussi aller au contact de ceux qu’il faut encore convaincre car ils ne perçoivent peut-être pas assez à quel point servir la cause du patrimoine est utile au pays, donc à eux aussi. Une action au niveau du G7 pourrait être le bon niveau pour le faire.

Alors, la boîte de Pandore du patrimoine est-elle vide d’espoir ? Assurément, si nous restons les bras ballants. Mais, elle ne le sera pas si nous nous mobilisons comme nous pouvons et devons le faire.

Que l’année 2026 soit ainsi excellente pour chacun d’entre vous et qu’elle soit pour le patrimoine celle qui nous verra animés du « feu sacré » de l’Olympe !

Christophe Blanchard-Dignac,
Président de la Fédération Patrimoine-Environnement


[1] Pandore aurait été une vengeance de Jupiter contre les hommes, après le vol du feu sacré de l’Olympe.

[2] Etymologiquement, c’est celui qui réfléchit après coup.