Patrimoine, paysage et burn out

Selon l’INSEE les adultes français situent, sur une échelle de 0 à 10, leur bien-être à 6,8. Ce n’est déjà pas très brillant mais il y a pire : parmi les différentes sortes de mal être, le dictionnaire Larousse définit le « burn out » comme  « un état d’épuisement général, caractérisé par une fatigue physique et psychique intense, manifesté  par des sentiments d’impuissance et de désespoir ». Les analystes de ce phénomène évoquent avec prudence un périmètre un peu flou et n’adhèrent pas forcement aux statistiques très alarmistes de certains cabinets spécialisés : trois millions deux cent mille français au travail seraient, selon une étude de 2014, atteint par ce mal du corps et de l’esprit.

Le signataire de ces lignes n’a pas de compétence particulière pour conseiller aux victimes de cette agression produite par le XXIe siècle, des anxiolytiques ou des antidépresseurs. Il est plus intéressé par la prescription d’une « thérapie cognitive comportementale ». Cette dernière  se définit comme  « une thérapie brève, validée scientifiquement, qui vise à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité. »

C’est dans ce cadre qu’une association du patrimoine et des paysages a des propositions à faire :

  • Pourquoi ne pas rejoindre, comme l’ont fait des milliers de 13038603624_798bf2c7a2_zpèlerins de toute l’Europe depuis le Moyen Âge, les  chemins qui vont vers Saint-Jacques-de-Compostelle ou vers le Mont Saint-Michel ? L’Agence de coopération interrégionale et réseaux des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, membre de Patrimoine Environnement, œuvre sur les Chemins de Saint Jacques : les usagers de ces chemins sont aujourd’hui non pas des catholiques pratiquants mais des gens ordinaires qui veulent seulement réfléchir sur eux-mêmes et sur leur vie en panne.
    À Saint-Pierre-sur-Orthe en Mayenne, une association membre de Patrimoine-Environnement gère une halte qui accueille les marcheurs vers la Merveille : en arrivant sur la crête et en apercevant le Mont Saint-Michel, ils crieront « Montjoie » selon la vieille tradition, en espérant pendant le voyage, avoir exorcisé au moins pour un temps leur fatigue morale et leur désespoir.
  • Pourquoi ne pas tenter comme le président de la Société Nationale pour le Patrimoine des phares et balises, membre de Patrimoine environnement, le challenge de se faire déposer dans un phare pour y passer seul deux mois ou beaucoup moins face à la mer et aux vivifiantes tempêtes. Il est sur la côte française comme le phare de Tevennec, au large de l’Ile de Sein, de nombreux phares qui vous attendent : un sacré remède contre la désespérance !
  • Pourquoi, en prenant contact avec les « Espaces Cisterciens en Rhône-Alpes », association membre de Patrimoine Environnement, ne pas vous faire aider à cheminer dans le réseau des abbayes cisterciennes encore vivantes qui accueillent tous ceux qui, croyants ou non, sont en quête de calme et de réflexion sur soi.

Gageons que celles et ceux qui auront tenté ces expériences auront envie de témoigner de l’importance des paysages et du patrimoine pour retrouver le bien être perdu et peut être, si affinité à agir pour les défendre.

Il est un état qui va plutôt bien avec ces différentes propositions : c’est le silence. Alain Corbin, professeur à Paris I Panthéon Sorbonne, vient de publier aux éditions Albin Michel une « Histoire du silence » qui est à recommander. Ce silence qui devient si rare selon l’auteur : « Certes quelques randonneurs solitaires, des artistes et des écrivains, des adeptes de la méditation, des femmes et des hommes retirés dans un monastère, quelques visiteuses de tombe, et surtout des amoureux qui se taisent et qui se regardent sont en quête de silence….Mais ils sont comme des voyageurs échoués sur une ile, bientôt déserte dont les rivages sont rongés »

Et pourtant le chapitre de cet ouvrage, intitulé : « les apprentissages et les disciplines du Silence » ouvert par le dieu grec Harpocrate, représenté un doigt sur la bouche,  pourrait être une utile contribution à la «  thérapie cognitive et comportementale ».

Un paysage, un lieu architectural et le silence : n’est-ce pas le mélange des ingrédients utiles pour « réapprendre à être soi » ?

Alain de La Bretesche

Président de Patrimoine-Environnement
Administrateur du Mouvement associatif (Conférence Permanente des Coordinations Associatives)
Administrateur d’’
Europa Nostra